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Les protestants evangéliques aux états-unis et la politique étrangère americaine

Vol. VII, 2006
Annuaire francais de relations internationales

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La politique étrangère américaine se soucie depuis toujours de la défense de la liberté religieuse dans le monde. Lors de sa visite en Chine en novembre 2005, le Président des Etats-Unis George W. Bush a déclaré, après avoir assisté à un office religieux dans l’église protestante de Gangwashi à Pékin, qu’ « une société saine est une société qui accueille toutes les religions et donne aux gens une chance de s’exprimer à travers l’adoration du Tout-Puissant »[1]. D’un point de vue diplomatique, cette critique implicite de l’état de la liberté religieuse dans la République populaire de Chine s’inscrit dans une tradition américaine « wilsonienne », dont l’école de pensée, décrite par Walter Russell Mead, rassemble « ceux qui croient que les Etats-Unis ont un devoir moral et effectif de répandre leurs valeurs à travers le monde »[2]. Parmi ces valeurs, la liberté religieuse occupe une place fondamentale. Etat profondément laïc, où la séparation de l’Eglise et l’Etat a été instituée dès 1791 à la ratification de la Bill of Rights, les Etats-Unis perçoivent la religion et l’affirmation de la foi, quelle qu’elle soit, comme un facteur de liberté et non d’oppression. Alors qu’en France la chose religieuse est en complète déconnection avec la sphère diplomatique, la diplomatie américaine replace régulièrement ces questions au cœur des débats internationaux. Toutefois, cette tradition diplomatique a souvent été dans le passé écartée par commodité, et leCenter for Religious Freedom regrette que « la question de la liberté religieuse [ait]été le droit de l’homme le plus négligé de la politique étrangère américaine »[3].

Mais cette déclaration du Président Bush en Chine reflète le retour en force de cette tradition de défense de la liberté religieuse dans le monde. La montée en puissance, aux Etats-Unis, depuis une trentaine d’années, du mouvement chrétien évangélique (evangelical), branche conservatrice du protestantisme, est une des clés d’explication de l’imprégnation de la politique étrangère américaine par la morale religieuse. L’étude des positions politiques et de l’influence de la communauté évangélique américaine acquière alors une importance particulière pour comprendre ce phénomène, ainsi que bien d’autres évolutions actuelles de la politique étrangère américaine en matière stratégique, militaire, et humanitaire. Mais aux Etats-Unis, l’évolution politique d’un groupe religieux et l’émergence d’une volonté d’influence sur la scène internationale ne peut pas être ignoré.

Cet article cherche ainsi à répondre aux interrogations sur les intérêts et l’influence du mouvement évangélique américain en politique étrangère. Il rappelle tout d’abord ce qu’est ce mouvement et en quoi il diffère du mouvement fondamentaliste. Il retrace également le cheminement des Protestants évangéliques, de la spiritualité à la politique et de la politique intérieure à la politique étrangère. L’article insiste ensuite sur les principes défendus par la communauté évangélique et leurs actions concrètes sur la scène internationale. Il est important de souligner qu’à la différence de l’Eglise catholique, le mouvement évangélique n’est pas organisé de manière hiérarchique. Les Eglises sont indépendantes et aucun organe de direction ne montre la voie commune à suivre. Il est donc dangereux de généraliser. Cependant, en s’appuyant sur les publications de leurs organisations, les déclarations de leurs leaders et les sondages au sein de leur communauté, de grandes tendances en matière de politique étrangère se dégagent. Il est également fondamental de se référer à la Bible puisque, comme le montre la première partie de cet article, la Bible est la grille à travers laquelle les Protestants évangéliques comprennent et appréhendent le monde qui les entoure.[4] Dans une dernière partie, il s’agit de montrer en quoi les Protestants évangéliques sont devenus une véritable force en matière de politique étrangère, à la fois transnationale et incontournable sur la scène politique américaine actuelle.

LE MOUVEMENT EVANGELIQUE AUX ETATS-UNIS

Qui sont les Protestants évangéliques américains ?

Le terme évangélique, du grec evangelion, «évangile», qui signifie « la Bonne nouvelle », est apparu en Europe au 16ème siècle, au cours de la Réforme, lorsque des penseurs catholiques ont cherché à qualifier les Eglises protestantes qui prônaient un retour aux enseignements de la Bible. Cependant, ce sont les Grands Réveils[5] du 18ème et 19ème siècles qui contribuent à la formation du mouvement évangélique, aux Etats-Unis comme en Angleterre, derrière le théologien calviniste Jonathan Edwards, mais aussi George Whitefield et John Wesley, leaders du mouvement méthodiste. Aujourd’hui, le terme évangélique en Europe est souvent synonyme de protestantisme alors qu’aux Etats-Unis, il s’agit d’une sub-division à part entière de la religion protestante. La première utilisation du terme évangélique dans son sens américain moderne correspond à la création aux Etats-Unis de la National Association of Evangelicals en 1942.

D’après le théologien évangélique britannique Alister McGrath, dans son ouvrage Evangelicalism and the Future of Christianity, les Protestants évangéliques se basent sur « un noyau de six convictions dominantes, chacune perçue comme véritable, d’importance vitale et ancrées dans les Ecritures » qui sont : « 1. l’autorité suprême des Ecritures comme source de connaissance de Dieu et un guide pour une vie chrétienne, 2. la Majesté de Jésus Christ, en tant qu’incarnation de Dieu et en tant que Sauveur des pécheurs, 3. la Gloire de l’Esprit Saint, 4. la nécessité de la conversion personnelle, 5. la priorité de l’évangélisation pour les Chrétiens individuellement et pour l’Eglise en général, 6. l’importance de la communauté chrétienne (l’Eglise) pour atteindre la maturité spirituelle, la fraternité et le développement. »[6] En pratique, les Protestants évangéliques veillent à honorer les principes suivants : le respect de l’autorité des Ecritures, le développement d’une « relation » directe et personnelle avec Jésus Christ, l’importance de la « nouvelle naissance » en religion, le respect des valeurs morales et le devoir d’évangélisation[7].

Le terme « évangélique » est à différencier de celui de « fondamentaliste ». Alors queces deux termes sont souvent utilisés sans distinction, ces expressions recouvrent en réalité deux vérités différentes. Le mouvement fondamentaliste chrétien est né dans la seconde décennie du 20ème siècle. Le terme « fondamentaliste » aurait été utilisé pour la  première fois en 1920 par un journaliste baptiste du Watchman-Examiner s’inspirant d’une série de petits ouvrages publiés entre 1910 et 1915 intitulés The Fundamentals : A Testimony to the Truth. Ces pamphlets étaient l’œuvre d’hommes d’Eglise évangéliques désireux de « revenir à l’essentiel », effrayés par leur perte d’influence et par la montée en puissance de prises de positions progressistes au sein du Protestantisme au début du 20ème siècle. Le mouvement fondamentaliste s’est ensuite fait connaître du public américain suite au procès de 1925 opposant des organisations chrétiennes fondamentalistes à un jeune instituteur d’une école publique qui refusait d’enseigner le créationnisme. Si les Chrétiens fondamentalistes ont remporté la bataille judiciaire, ils ont perdu la bataille de l’image, apparaissant alors aux yeux de beaucoup comme des fanatiques obscurantistes. Le mouvement évangélique, tel qu’il émerge aux Etats-Unis dans les années 1940, s’est construit en réaction face à ces Chrétiens fondamentalistes qu’ils considèrent comme « réactionnaires, voire moralistes et anti-intellectuels »[8]. Les Fondamentalistes insistent sur l’autorité absolue de la Bible, l’inerrance de ses textes et sur le rejet de toute interprétation.[9] Les Protestants évangéliques sont quant à eux moins doctrinaires[10], considérant que la Bible est la transcription de la « Parole de Dieu » mais réfutant par exemple l’idée qu’il soit possible de calculer la date de la fin du monde. De même, alors que les Chrétiens fondamentalistes refusent les attributs qui accompagnent la modernité, les Protestants évangéliques considèrent qu’il ne faut pas se séparer du monde contemporain mais le façonner à l’image de leur religion, adapter la modernité à défaut de l’adopter.

Une étude de l’Université de Princeton a cherché à délimiter les contours de la communauté évangélique américaine, identifiant les dénominations suivantes comme évangéliques : Southern Baptists, independent Baptists, Assemblies of God, Lutheran Church Missouri Synod, Church of Christ, Presbyterian Church in America, black Protestants, African Methodist Episcopal, African Methodist Episcopal Zion, National Baptist Church, National Progressive Baptist Church, Churches of God in Christ, Nondenominational, ainsi que les dénominations pentecôtistes. [11] Les factions les plus conservatives de l’Eglise épiscopalienne américaine, de l’Eglise presbytérienne américaine et de United Methodist Church sont parfois également considérées comme évangéliques. Mais les différentes interprétations du terme évangélique, ainsi que la présence de factions évangéliques au sein des dénominations protestantes non évangéliques rendent difficiles voire impossible le recensement exact de la communauté évangélique aux Etats-Unis. Selon un sondage effectué fin 2004 par l’Université d’Akron, les Protestants évangéliques compteraient pour 26,3% de la population américaine.[12] Mais en avril 2005, interrogés par un sondage Gallup[13], 42% se décrivaient comme des évangéliques ou des « born again » (« nés à nouveau »)[14], la différence entre les deux données pouvait s’expliquer par l’inclusion ou non des Protestants évangéliques hispaniques et afro-américains. Le consensus académique sur la question porte le nombre de Protestants évangéliques aux Etats-Unis à environ 25-30% de la population, soit 70 à 80 millions de personnes[15]. La plus grande dénomination évangélique et protestante, la Southern Baptist Convention (SBC) compte à elle seule 16,4 millions de fidèles dans 43700 églises à travers les Etats-Unis. Certaines églises, les « megachurches », ont un tel succès que les fidèles se retrouvent  par milliers le dimanche et que les prêches sont retransmis à la télévision. Cette culture de masse a contribué à faire de certains pasteurs et télévangélistes évangéliques ou fondamentalistes des figures extrêmement populaires, incontournables sur la scène politique et médiatique américaine : Billy Graham surnommé parfois le « Pape du protestantisme américain », son fils Franklin Graham, les télévangélistes Jerry Falwell et Pat Robertson, proches des fondamentalistes, Richard Land, président de la Ethics & Religious Liberty Commission de la SBC, le pasteur Rick Warren, mais aussi Ralph Reed, Gary Bauer, James Dobson, et Ted Haggard, pour n’en citer que quelques-uns.

L’éveil politique de la communauté évangélique américaine

Traditionnellement, les Protestants évangéliques s’occupent moins de profane que de divin, moins des souffrances du corps que de celles de l’âme et de l’esprit. Alors qu’à la fin du 19ème siècle une partie de l’Eglise catholique et des Protestants non évangéliques prend conscience des inégalités sociales générées par l’industrialisation et décide de se concentrer sur le bien–être de l’individu sur terre – mouvement de pensée et de bienfaisance appelé « gospel social » ou parfois « marxisme à la chrétienne »[16] – les Protestants évangéliques préfèrent se concentrer sur la spiritualité et se dédier à sauver les âmes pour l’au-delà.

Cependant, à partir des années soixante, les Protestants évangéliques non fondamentalistes comprennent que la politique affecte leur quotidien et qu’ils peuvent la modeler pour vivre plus en conformité avec leur foi. Inquiets face aux évolutions en faveur de l’interdiction de la prière à l’école (1962 Engel vs Vitale), de l’avortement (1973 Roe vs Wade) et du mouvement des droits civiques (1964 Brown vs Board of Education), ils commencent à s’organiser dans un élan de « chrétienté appliquée ». En 1976, ils se mobilisent massivement pour Jimmy Carter qui utilise sa foi évangélique comme argument de campagne[17]. Mais, c’est à partir de la fin des années 1970 que les Eglises et leurs organisations parareligieuses sont devenues véritablement significatives en tant qu’organisations politiques. La communauté évangélique connaît alors un tournant et une réorganisation fondamentale qui se manifeste par l’émergence d’un mouvement politique, la Nouvelle Droite Chrétienne. Déçus par la politique du Président Carter et heurtés par le « relativisme moral » de l’Amérique en matière d’éducation, de droits des minorités, et de révolution sexuelle, les Protestants évangéliques s’organisent, en particulier autour de la Moral Majority du révérend Jerry Falwell et de la Christian Coalition de Pat Robertson. Pour mener efficacement leur « culture war » (guerre sur les questions de société), les Protestants évangéliques s’allient aux Républicains, qui embrassent les positions évangéliques en matière de questions morales. La Christian Coalition devient même en 1992 une « force majeure » du Parti Républicain et se flatte d’avoir été un « élément décisif » dans la victoire républicaine au Congrès en 1994[18]. Dix ans plus tard, les Protestants évangéliques ont à nouveau contribué de manière décisive à la victoire électorale des Républicains. Fort d’avoir compris l’attachement des Américains à une certaine spiritualité dans la sphère politique, et persuadé que la défaite de George H. W. Bush en 1992 était liée à une aliénation de l’électorat religieux, le stratège politique de George W. Bush, Karl Rove, a mené avec succès une opération séduction auprès de la droite chrétienne, en particulier auprès des 4 millions des Protestants évangéliques qui ne s’étaient pas mobilisés en 2000. Résultat : 78% des Protestants évangéliques ont voté pour George W. Bush à l’élection présidentielle de 2004, soit 4 points de plus qu’en 2000, et ce chiffre s’est élevé à 88% dans les rangs les plus traditionalistes[19].

Les Protestants évangéliques ont acquis en seulement une trentaine d’années une place de choix sur la scène politique américaine en devenant une composante essentielle de l’électorat républicain. Aujourd’hui, 56% des Protestants évangéliques se déclarent Républicains, 27% démocrates et 17% indépendants.[20] Les grands chevaux de bataille évangéliques sont avant tout des questions morales, défendues par de puissantes organisations comme la Religious Rountable, Focus on the Family, Traditional Values Coalition et American Family Association: contraception, avortement, pornographie, recherche médicale sur les cellules souches, mariage homosexuel[21]. Suite à l’élection présidentielle de 2004, 37% des Protestants évangéliques ont déclaré que les questions de société avaient été le problème « le plus important » dans leur choix de vote devant les enjeux de politique étrangère (31%) ou l’économie (23%).[22]

Parallèlement à cette prise de conscience politique et aux prises de positions politiques qui lui correspondent, les Protestants évangéliques américains se sont éveillés aux problématiques internationales. Leur position s’est d’abord construite par défaut, en fonction de leurs ennemis : contre le système communiste « sans Dieu », contre les positions « libérales » et « faibles » des opposants à la guerre du Vietnam, contre le fanatisme de l’Islamisme radical. Cependant, des événements fondamentaux ont construit les positions internationales évangéliques : la Guerre des Six jours en 1967, la prise d’otages américains à Téhéran en 1979 et les attaques du 11 septembre 2001. Aujourd’hui, à la différence des Chrétiens fondamentalistes fortement isolationnistes, les Protestants évangéliques sont devenus interventionnistes, soutenant férocement des principes de politique étrangère en accord avec leur foi et n’hésitant pas à s’engager dans les débats contemporains.

LES EVANGELIQUES ET LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE

Les Protestants évangéliques, s’appuyant sur leur rapport direct avec Jésus et le respect de la Bible en tant que « Parole de Dieu », abordent le monde au travers de leur foi. S’il est vrai qu’ils ont toujours démontré un plus grand activisme sur les questions de politique intérieure, comme dans le cas récent de Terri Schiavo en 2005[23], ils ont néanmoins développé un agenda en matière de politique étrangère. Du fait de la diversité de leur mouvement, ils s’intéressent à une multitude de problématiques internationales. Cependant, un certain nombre d’enjeux internationaux concentrent l’essentiel de leurs efforts.

Mission des Evangéliques : évangéliser

La première mission des Protestants évangéliques, qu’ils soient américains ou non, mission au cœur de leur foi et qu’ils considèrent dictée par Dieu lui-même, est celle d’évangéliser. Ils s’appuient sur des références bibliques dans lesquels Jésus les exhorterait à voyager et à apporter la « Bonne nouvelle » au reste du monde : «  Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit.» (Matthieu 28 : 19-20) ; « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. » (Marc 16:15) Suivant ces préceptes, les Protestants évangéliques se sont implantés un peu partout. Il y aurait aujourd’hui 64000 missionnaires protestants sur les routes, pour la plupart évangéliques. La SBC soutient à elle seule 4946 missionnaires dans 153 pays, et a baptisé 451000 nouveaux croyants hors d’Amérique du Nord en 2000. C’est aujourd’hui une des religions qui croît le plus rapidement, en particulier en Chine et en Amérique Latine, au risque parfois de s’attirer les foudres des autorités locales, comme cela a été le cas pour le groupe évangélique New Tribes Mission, basé aux Etats-Unis, actif dans les communautés indigènes du sud du Venezuela et dont le président du Venezuela, Hugo Chávez, a annoncé l’expulsion en octobre 2005. Ils auraient été suspectés de « faire de la prospection de minéraux stratégiques pour le compte de sociétés transnationales » et de « forcer le peuple indigène à se convertir ».[24] Mais le risque de friction avec les gouvernements en place ne freine en général pas la communauté qui défend son droit à pratiquer librement sa religion.

Liberté religieuse et persécution des Chrétiens

Aux yeux des Protestants évangéliques, la cause la plus importante à défendre aux Etats-Unis et à travers le monde est celle de la liberté, et, avant toute autre chose, la liberté religieuse. S’appuyant sur le Premier amendement de la Bill of Rights (« le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion […] ») et l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, (« toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites ») qui établissent clairement la protection de la liberté religieuse, les Protestants évangéliques insistent pour que leur pays agisse et se prononce dans ce sens sur la scène internationale. Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses organisations évangéliques se sont mobilisées pour promouvoir la liberté religieuse mais surtout pour dénoncer et lutter contre les persécutions religieuses, en particulier celles dont les Chrétiens font l’objet. Le Soudan, le Nigeria, l’Arabie Saoudite, la Chine mais aussi l’Autorité Palestinienne ont fait l’objet de critiques très vives pour le traitement qui y est réservé aux Chrétiens. En février 2003, face aux violences entre Musulmans et Chrétiens au Nigeria, le magazine Christianity Today a suggéré une action de lobbying, tant auprès du gouvernement américain que de l’ambassade du Nigeria aux Etats-Unis, pour s’opposer à l’imposition de la charia, la loi islamique, aux Nigérians chrétiens du sud[25]. De très nombreux groupes évangéliques, comme Samaritan’s Purse, Religious Freedom Coalition, ou China Aid Association, mènent ainsi des actions similaires à l’étranger, à Washington, ou localement, au sein de leurs Eglises.

Exceptionnalisme, militarisme et « guerre juste »

Les Protestants évangéliques américains croient en la destinée particulière de leur pays et en son exceptionnalisme. « L’Amérique a été bénie par Dieu »[26] affirme simplement Richard Land. Mais cette « bénédiction » n’est pas sans effets puisqu’elle entraîne, en retour, des obligations et des responsabilités à l’égard du monde. Les Protestants évangéliques considèrent qu’une nation « bénie » par Dieu se doit d’agir au-delà de ses propres intérêts et défendre des valeurs et des droits proclamés universels : « il relève de nos obligations en tant que citoyens chrétiens de faire ce qui est en notre pouvoir pour s’assurer que notre gouvernement ne soit pas seulement le gouvernement d’une nation avec des intérêts, bien que nous soyons une nation et que nous ayons des intérêts, mais que nous défendions aussi une cause et cette cause est la liberté. »[27]

Entre exceptionnalisme et unilatéralisme, il n’y a qu’un pas. Bien que les Protestants évangéliques reconnaissent le travail, humanitaire notamment, accompli par certaines organisations internationales, ils considèrent le plus souvent que les Etats-Unis ne devraient pas être bridés dans leurs objectifs par un système multilatéral contraignant. De plus, les organisations internationales ont souvent mauvaise presse dans les cercles évangéliques, qui les jugent corrompues et immorales. Les plus traditionalistes s’en méfient s’appuyant sur la mise en garde des prophéties sur la fin des temps contre le « rassemblement » des « nations des quatre coins de la terre » par « Satan ».[28] « Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. » (Ap 20:7-8)

Bénie par Dieu, en charge de défendre la liberté à travers le monde, l’Amérique des Protestants évangéliques a un troisième rôle, plus prosaïque, à assumer sur la scène internationale : maintenir son statut de superpuissance. Sociologiquement et spirituellement, la communauté évangélique américaine a une propension à valoriser l’engagement militaire. Puisant ses racines dans le Sud et l’Ouest intérieur des Etats-Unis, dans la Bible Belt, foyer de conservatisme patriotique et relativement belliciste[29], la culture évangélique voit favorablement le maintien de la prépondérance militaire américaine. Déjà à l’époque de la guerre froide, les Protestants évangéliques, profondément anti-communistes, soutenaient un positionnement dur face à l’URSS, en désaccord profond avec toute stratégie de realpolitik, d’endiguement, d’équilibre militaire, ou de détente. À leurs yeux, l’absence d’équivalence morale entre l’Union soviétique et les Etats-Unis rendait l’égalité des risques nucléaires intolérable. Depuis la fin de la guerre froide, les Protestants évangéliques défendent la légitimité du recours à la force lorsqu’un ou plusieurs pays menacent la sécurité internationale ou bafouent les droits de l’homme, valeurs « divines et universelles », condamnant à ce titre sans surprise les hésitations américaines en Serbie, au Rwanda et au Kosovo.

Conséquence logique de ce militarisme, des tendances unilatéralistes et missionnaires et d’une propension à soutenir le recours à la force, la réponse militaire apportée par l’Administration Bush après les attaques du 11 septembre a convaincu la communauté évangélique. Les Protestants évangéliques ont également soutenu massivement la guerre en Iraq. En mars 2003, 77% d’entre eux soutenaient la guerre contre seulement 36% des Protestants afro-américains et 44% des Américains athées, agnostiques ou sans préférence religieuse.[30] Afin de justifier spirituellement ces prises de positions bellicistes, les Protestants évangéliques s’appuient sur la théorie de la « guerre juste », qui trouve ses racines chrétiennes dans le chapitre 5 du Livre des Juges de l’Ancien Testament et les écrits de Saint Augustin. L’Ethics & Religious Liberty Commission de la SBC a même publié les critères jugés nécessaire pour s’assurer de mener une guerre juste, à la fois le jus ad bellum (« une cause juste, une autorité compétente, une justice comparative, des intentions justes, le dernier recours, la probabilité de succès, la proportionnalité des résultats espérés, un état d’esprit juste ») et le jus in bello (« proportionnalité dans l’utilisation de la force, discrimination entre combattants et non-combattants, pas d’utilisation de moyens immoraux, bonne foi »)[31]. Forte de ces critères, la SBC n’a pas hésité à déclarer la guerre en Iraq « guerre juste » et à la soutenir à ce titre. Mais la SBC a été la seule dénomination évangélique à prendre officiellement position en faveur de la guerre en Iraq, démontrant une nouvelle fois que la communauté évangélique américaine n’est ni homogène ni unifiée. Certains leaders évangéliques ont rejeté l’idée selon laquelle la guerre en Iraq ait les attributs d’une « guerre juste », à l’image de Jim Wallis, à la tête de la communauté évangélique progressiste Sojourners. Jim Wallis la juge politiquement « illégale, irraisonnable et immorale » et  religieusement contraire aux écrits bibliques : « Une nation ne tirera plus l'épée contre une autre » (Es 2:4)[32]. De plus, la communauté évangélique reste divisée sur les cas iranien et nord-coréen, entre intervention militaire et action diplomatique, et il est vraisemblable qu’elle le reste tant que l’Administration américaine elle-même maintient l’ambiguïté.

Missions humanitaires

Comme beaucoup de groupes religieux, les Protestants évangéliques s’intéressent aux causes humanitaires. Inspirés par la Bible, ils ressentent le devoir de lutter contre la faim, la pauvreté et la maladie à travers le monde. « Ils répondront aussi: Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté? Et il leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. » (Matthieu 25: 44-45) L’exemple de l’action du pasteur évangélique Rick Warren contre la faim, la pauvreté, la maladie, la corruption ou encore la perte de repères spirituels,[33] révèle l’exceptionnelle capacité de mobilisation de la communauté évangélique, qui lui permet de faire fonctionner des organismes de charité avec une efficacité unique, grâce à des réseaux de fidèles généreux de leur temps et de leur argent. A l’image de Richard Cizik, vice-président de la National Association of Evangelicals, qui a plaidé en 2005 pour une « nouvelle guerre contre la faim dans le monde »[34], les groupes évangéliques s’expriment et s’activent pour lutter contre les « plaies mondiales » : la faim dans le monde, le VIH/SIDA, l’exploitation des femmes et le trafic d’êtres humains. La plupart de ces initiatives, en particulier celles qui portent sur des questions « pro-vie » (pro-life issues) ou anti-pornographie, trouvent un écho favorable auprès d’autres groupes religieux, catholiques, juifs et parfois musulmans. Les groupes évangéliques travaillent avec leurs homologues catholiques sur le problème de la liberté religieuse (que les Catholiques défendent au nom de la déclaration Dignitatis Humanae promulguée par le Pape Paul VI en 1965), de l’avortement et du VIH/SIDA, les deux groupes prônant l’abstinence au détriment de l’utilisation du préservatif pour lutter contre la propagation du virus. Cette coopération s’est matérialisée par la signature en 1994 d’une déclaration jointe, « Evangelicals and Catholics Together » (ECT), célébrant leur culture pro-vie commune. La question de la persécution religieuse est aussi le sujet d’un effort œcuménique entre Protestants évangéliques et Juifs, à l’image de l’action de Michael Horowitz, directeur du Project for International Religious Liberty au Hudson Institute. L’exceptionnel activisme des organisations évangéliques parareligieuses les a progressivement transformé en acteur transnational à part entière, créant des « canaux additionnels de dialogue et de communication »[35] interétatiques, comparables à ceux créés par les ONG et les diasporas.

De la promesse abrahamique à la fin des temps : Israël

Le thème le plus souvent associé au militantisme évangélique américain en matière de politique étrangère est celui du soutien à Israël. Le profond attachement évangélique à l’Etat hébreu trouve ses racines à la fois dans un positionnement politique et dans des raisons théologiques. 54% des Protestants évangéliques qui soutiennent Israël déclarent que leurs croyances religieuses sont le facteur d’influence le plus important de leur vision d’Israël, plus important que les medias ou leur éducation[36]. Pour les Protestants évangéliques, l’Etat d’Israël est la réalisation de la volonté divine exprimée dans la Bible, et il relève du devoir divin d’aimer et de bénir le peuple juif : « L'Éternel dit à Abraham: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai »(Gn 12:1-2) ; « En ce jour-là, l'Éternel fit alliance avec Abraham, et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate » (Gn 15:18) ; « En ce même temps, Israël sera, lui troisième, Uni à l'Égypte et à l'Assyrie, Et ces pays seront l'objet d'une bénédiction. L'Éternel des armées les bénira, en disant: Bénis soient l'Égypte, mon peuple, Et l'Assyrie, oeuvre de mes mains, Et Israël, mon héritage! » (Es 19:24-25)  Selon un sondage national de juin-juillet 2003, 72% des Protestants évangéliques considèrent que Dieu a donné la terre d’Israël aux Juifs (contre 44% des Américains).[37] Beaucoup d’entre eux pensent que tant que les Etats-Unis soutiendront Israël, leur pays continuera à être béni de Dieu, mais que s’ils retirent leur soutien, ils seront maudits[38]. « Je rendrai ton nom grand [Abraham], et tu seras une source de bénédiction. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. » (Gn 12:2-3) ; « Demandez la paix de Jérusalem. Que ceux qui t'aiment jouissent du repos! » (Ps 122:6).

Mais  la volonté de respecter la promesse et les commandements de Dieu n’est pas la seule explication théologique du soutien évangélique à Israël. L’eschatologie évangélique, développée en particulier par le pasteur anglican John Nelson Darby au 19ème siècle, prévoit que le retour des Juifs sur la terre de leurs ancêtres est une condition préalable au retour du Christ sur Terre. Selon Darby, la Bible aide les Chrétiens à diviser l’histoire en sept périodes de temps appelées « dispensations » dont la dernière, le Royaume, correspond au Millenium, le règne de Dieu sur Terre. Dans cette optique, une des conditions pour une réalisation complète des prophéties de la fin des temps est le « retour » du peuple juif sur la terre d’Israël, qui permettra l’enlèvement des Chrétiens (Rapture) vers les cieux et le rétablissement du Millenium[39].

Cette théorie de la fin des temps a été rendue particulièrement populaire au travers de la littérature apocalyptique commeThe Late Great Planet Earth de Hal Lindsey en 1970 et la série des romans Left Behind par Tim LaHaye et Jerry Jenkins dans les années 1990[40]. Bien que tous les Protestants évangéliques ne se considèrent pas comme dispensationaliste, 36% des Américains croient qu’Israël est en train de réaliser la prophétie biblique sur le retour de Jésus, et ce chiffre s’élève à 63% parmi les Protestants évangéliques.[41]

En sus de la théologie, le soutien évangélique à l’égard d’Israël est également affaire de représentation politique. Attachés à la liberté, à l’économie de marché et anti-communistes, les Protestants évangéliques américains ont naturellement développé une inclination particulière pour Israël pendant la guerre froide. Puis, après la disparition de l’URSS, le pays a continué d’occuper une place particulière dans la stratégie américaine au Moyen-Orient et reste aujourd’hui un allié de premier plan des Etats-Unis dans leur Guerre contre le terrorisme. Par ailleurs, la communauté évangélique s’est progressivement identifiée aux Israéliens à la faveur des événements internationaux – guerre des Six jours en 1967, prise des otages américains à Téhéran en 1979, multiplication des attentats-suicides en Israël, attaques du 11 septembre 2001 et insurrection contre les troupes américaines en Iraq – se solidarisant avec eux contre ce qu’ils perçoivent aujourd’hui comme un « ennemi commun », l’islamisme radical. Le résultat de ce processus d’identification est une tendance évangélique à adopter des attitudes pro-israéliennes. En 2005, 54% des Protestants évangéliques déclaraient avoir plus de sympathie pour les Israéliens et 7% pour les Palestiniens. (A titre de comparaison, 37% des Américains dans ce même sondage déclaraient avoir plus de sympathie pour les Israéliens et 12% pour les Palestiniens ce qui révèle que l’ensemble de la société américaine est plus portée à soutenir Israël.[42]) Entre 2000 et 2004, le pourcentage de Protestants évangéliques qui pensent que les Etats-Unis doivent soutenir Israël face aux Palestiniens a augmenté de 14 points pour atteindre 52%, ce qui constitue la plus forte augmentation du soutien d’un groupe religieux américain à Israël.[43]

En pratique, le soutien évangélique à Israël se traduit tout de même par des prises de positions assez nuancées. Dans une déclaration officielle, la SBC affirmait par exemple en 2002 que la Convention soutenait « le droit d’Israël à exister en tant qu’Etat souverain »,  mais qu’il devait être exigé de l’Etat hébreu « les mêmes standards de probité nationale que toute autre nation » et qu’« Israël devait maintenir la justice envers les étrangers présents en son sein ». [44] Cette dernière phrase évoque toute l’ambiguïté de la position. Qui sont les « étrangers » ? Quelles sont les limites territoriales posées par l’expression « en son sein » ? De plus, si une minorité de Protestants évangéliques, entre 20 et 25%, s’oppose à tout retrait israélien des territoires occupés, sur le motif que l’Etat d’Israël doit occuper la terre du grand Israël biblique, Eretz Israel, de la Méditerranée au Jourdain, la majorité d’entre eux ne souhaite pas forcer le peuple juif à occuper une terre si ceux-ci considèrent que cela nuit à leur sécurité : « Si le gouvernement israélien, élu par le peuple israélien, croit que [le retrait de Gaza] est dans l’intérêt d’Israël et des Juifs qui sont sur ce territoire, alors loin de nous d’essayer de les forcer faire quelque chose qu’ils considèrent contre-productif pour eux-mêmes. »[45] A la différence des Fondamentalistes, les Protestants évangéliques ne ressentent pas d’urgence : Dieu a fait une promesse éternelle aux Juifs et n’a pas besoin de l’Amérique pour l’honorer. Pour eux, une résolution du conflit passant par deux Etats est acceptable, si les Israéliens le veulent ainsi. Cependant, l’argument fonctionne également dans l’autre sens: les Etats-Unis ne doivent pas forcer le peuple juif à quitter une terre contre son gré car ce serait alors aller contre la volonté divine. Régulièrement, la communauté évangélique menace les dirigeants américains de sanctions politiques s’ils mettent trop de pression sur Israël.

Aujourd’hui, non seulement la plupart des organisations évangéliques traditionnelles, comme la Southern Baptist Convention, la National Association of Evangelicals, la Christian Coalition, soutiennent l’existence voire l’expansion d’Israël, mais de nombreuses organisations pro-israéliennes évangéliques ou mixtes (à la fois évangélique et juive) ont été créées afin de promouvoir Israël auprès des Protestants évangéliques américains – Christian Israel Public Action Campaign (CIPAC), Stand for Israël, Unity Coalition for Israël, International Fellowship of Christians and Jews (IFCJ).

Les dirigeants israéliens, en particulier ceux issus de la droite nationaliste, ont compris depuis longtemps qu’ils pouvaient compter sur l’amitié et le soutien de la communauté évangélique américaine. Dès la fin des années 1970, le Premier ministre israélien Menahem Begin cultive l’alliance avec un certain nombre de leaders évangéliques, parmi lesquels Pat Robertson, Billy Graham et Jerry Falwell.[46] Ce dernier se voit même offrir un jet privé israélien, reçoit le Prix Jabotinsky en 1980 et est prévenu par Menahem Begin du bombardement du réacteur nucléaire iraquien Osiraq en 1981 avant même le Président Reagan. Par la suite, alors que les Travaillistes israéliens se concentrent avant tout sur la communauté juive américaine, la droite israélienne et ses dirigeants, Yitzhak Shamir, Benjamin Netanyahu, Ariel Sharon, poursuivent en parallèle le travail de séduction de la communauté évangélique américaine puisque, d’après Benjamin Netanyahu, « les dizaines de millions de Protestants évangéliques aux Etats-Unis sont les adeptes non juifs les plus fervents de l’Etat d’Israël. »[47]

Contradictions et dérapages

L’hétérogénéité de la communauté évangélique américaine, tiraillée entre des franges aux tendances traditionalistes et d’autres plus modérées, fait apparaître des positions contradictoires, entre intolérance et ouverture, entre conservatisme et progressisme.

Jerry Falwell et Pat Robertson sont sans conteste les champions des déclarations-scandale, s’exprimant souvent en termes haineux à l’encontre des Protestants non évangéliques, des féministes, des homosexuels, ou des « libéraux ». Jerry Falwell a également comparé le SIDA au « châtiment d’un Dieu juste contre les homosexuels », tandis que le Sénateur Jesse Helms, allié des évangéliques, a déclaré que les aides anti-SIDA devaient être réduites car les homosexuels contractaient cette maladie à cause de leur « conduite délibérée, dégoûtante, et révoltante ».[48] Et Pat Robertson a suggéré en 2003 que l’explosion d’une bombe nucléaire sur le Département d’Etat américain, qu’il jugeait complaisant envers les régimes autoritaires, serait une bonne chose pour son pays ou encore en 2005 que les Etats-Unis devraient faire assassiner Hugo Chávez, le président du Venezuela.[49] De même, l’antisémitisme et l’islamophobie des milieux évangéliques reviennent fréquemment au centre des débats. En 2002, les Archives nationales américaines ont rendu public l’enregistrement d’une conversation de 1972 entre le Président Nixon et le révérend Billy Graham, dans laquelle ce dernier disait regretter « l’étreinte » des Juifs sur les medias américains et conseillait de la rompre « ou le pays irait aux égouts. »[50] Cet incident n’a fait qu’accentuer la méfiance de la communauté juive américaine et israélienne, déjà perplexe devant le scénario évangélique de la fin des temps qui prévoit une conversion ou une destruction des Juifs et devant l’évangélisation active des Juifs.[51] Et « le soutien messianique des théo-conservateurs au peuple juif est ambigu et agace parfois des intellectuels critiques qui se reconnaissent difficilement dans ce fondamentalisme aux accents obscurantistes. »[52] Par ailleurs, la confusion entre islamisme radical et religion musulmane est commune dans les cercles évangéliques. Les déclarations de Franklin Graham en 2001, traitant l’Islam de religion « violente » ainsi que celles de Jerry Falwell, un an plus tard, sur le caractère « terroriste » du prophète Mohammed rappellent l’ampleur des préjugés évangéliques. En 2005, 49% des Protestants évangéliques considéraient que l’Islam était une religion plus susceptible qu’une autre d’encourager la violence ; 26% d’entre eux avaient une opinion de favorable l’Islam et 47% une opinion défavorable, tandis que ces chiffres étaient respectivement de 36%, 39% et 36% pour la population américaine dans son ensemble.[53]

La frange évangélique modérée cherche à se distancier de ces dérapages pour offrir une image moins agressive, plus honorable de leur communauté. Ils expliquent le plus souvent l’islamophobie évangélique comme une réaction des membres de leur communauté face au manque de liberté religieuse dans certains pays musulmans, présente l’antisémitisme chrétien comme une idée absurde,  argumentant que Jésus était juif et que Dieu ordonne de bénir le peuple juif et justifie l’évangélisation active comme une obligation religieuse et un « acte d’amour » et non de « haine ». [54]  De plus, la question du sort des Palestiniens et de sa place entre positions pro-israéliennes  et défense de la liberté et des droits de l’homme reste un sujet délicat et non résolu, que tous, traditionalistes comme modérés, tentent d’éviter.

Sur d’autres sujets encore, il n’est pas rare de constater des positions très divergentes entre groupes évangéliques. Pour ne donner qu’un seul exemple, la protection de l’environnement suscitait au départ assez peu d’engouement. En 2004, 52% des Protestants évangéliques soutenaient un renforcement de la régulation environnementale, et 31% s’y opposaient[55]. Mais il était généralement admis de s’opposer à toute législation sur le réchauffement de la planète, à l’image du président du Environment and Public Works Committee au Sénat, le Républicain évangélique James Inhofe, plus par cohérence avec l’agenda conservateur que par conviction religieuse. Cependant, une vague de protestation au sein de la communauté évangélique a récemment brisé le consensus. Une partie des évangéliques défendent maintenant l’idée que la protection de l’environnement relève d’un devoir divin [56] et la National Association of Evangelicals a travaillé en 2005 sur un projet de déclaration en faveur d’une législation sur le contrôle des émissions de carbone[57].

La cacophonie des cercles évangéliques et leurs difficultés pour adopter des positions communes sur toutes les questions de politique étrangère, du fait de l’absence de structure hiérarchique, nuit certainement à l’efficacité de leur action. Cela révèle également le dynamisme de la communauté et sa capacité à se renouveler.

INFLUENCE DES EVANGELIQUES SUR LA POLITIQUE ETRANGERE AMERICAINE

Mobilisés politiquement par leurs leaders à partir des années 1970, les Protestants évangéliques américains ont progressivement appris à utiliser les techniques d’influence politique qui s’offraient à eux. Au départ de tradition plutôt démocrate, la communauté s’est tournée vers le parti Républicain à partir des années 1960 et 1970, épousant l’agenda économique conservateur, en échange de l’intégration dans cet agenda de leurs positions en matière sociale, notamment les questions « pro-vie ». Cette alliance s’est révélée d’autant plus solide qu’elle a été renforcée par l’inclusion d’un troisième groupe d’acteurs, les néoconservateurs.

Le triptyque républicain post-guerre froide

Les années 1980 et l’Administration Reagan ont posé les bases d’une montée en puissance politique à la fois des néoconservateurs, en rupture avec la Realpolitik de Henry Kissinger, déçus par la « compromission » des Etats-Unis envers l’Union Soviétique et écœuré par l’évolution de la société américaine, et des Protestants évangéliques devenus acteurs politiques à part entière. La disparition de l’URSS et la fin de la guerre froide ont entraîné une vague de positivisme triomphant célébrant la victoire de la démocratie, voire du système moral américain, sur la doctrine communiste. Cependant, de 1988 à 2000, l’influence néoconservatrice et évangélique sur la politique étrangère américaine est restée limitée. Le Président George H. W. Bush s’est entouré d’internationalistes conservateurs tels que James Baker, Colin Powell ou Lawrence Eagleburger et le Président Bill Clinton, bien que religieux, s’est aliéné la droite chrétienne et les néoconservateurs par ses prises de positions progressistes et ses hésitations militaires. Pendant plus d’une décennie en marge du pouvoir, dans les universités et les think tanks pour les néoconservateurs et les organisations locales pour les Protestants évangéliques, les deux mouvements se sont graduellement rapprochés afin d’être enfin en mesure de peser efficacement sur le gouvernement lorsqu’il se montrerait plus réceptif. Michael Lind a résumé avec humour et  un certain dédain l’intérêt de cette « alliance »: « dès 2000, par une opération à la Frankenstein, la tête sans corps du néoconservatisme du Nord-Est avait été cousue sur le corps sans tête du fondamentalisme du Sud »[58]. Alors que les néoconservateurs manquaient d’un socle électoral et les Protestants évangéliques de clés pour leur ouvrir les portes de Washington, leur rapprochement leur a permis de se renforcer mutuellement, donnant une assise électorale aux néoconservateurs et une plateforme intellectuelle aux Protestants évangéliques.

Pourtant, les néoconservateurs, intellectuels progressistes issus de la côte Est, avaient a priori peu en commun avec des Protestants évangéliques de culture sudiste. Mais un certain nombre de points de convergence ont amené les deux groupes à valoriser un partenariat. Bruno Tertrais a souligné les suivants : « refus du relativisme culturel au bénéfice de l’intangibilité des valeurs occidentales, respect de la religion et de sa place dans la société américaine, retour aux textes anciens et méfiance à l’égard des Lumières, sentiment d’une mission à accomplir, absence de réticences quant à l’usage de la force et soutien quasi inconditionnel à Israël »[59] auxquels peut s’ajouter le soutien à la démocratie. Ce dernier thème n’était pas au départ mobilisateur parmi les Protestants évangéliques, comme pouvait l’être la défense de la liberté religieuse ou le soutien à Israël. Pourtant, interrogé en 2005, Richard Land place la maximisation de la démocratie dans le monde en tête des trois priorités évangéliques en politique étrangère : « [Premièrement] maximiser la liberté et la démocratie autour du monde […] deuxièmementmaximiser la liberté religieuse et la liberté de conscience pour tous partout  […] et troisièmement faire tout ce que nous pouvons pour desserrer l’étau de la pauvreté qui cause tant de souffrances dans tant de régions du monde. »[60]

Le soutien à la démocratie, le refus de la complaisance vis-à-vis des dictatures « amies », et le changement de régime, thématiques éminemment néoconservatrices, ont en effet l’avantage double d’être en parfaite cohérence avec l’ambition évangélique de moraliser la politique étrangère et, d’un point de vue plus pragmatique, de trouver un terrain commun solide pour construire leur relation avec les néoconservateurs. Aujourd’hui, 71% des Protestants évangéliques considèrent que les Etats-Unis devraient promouvoir la démocratie dans le monde, contre 60% de l’ensemble des Américains et 49% des Américains athées, agnostiques ou sans préférences religieuses.[61]

Forts de ces points de convergence, les néoconservateurs et les groupes évangéliques étaient prêts à revenir dans l’arène politique suite à l’élection du Président G. W. Bush et les attentats du 11 septembre. Le président des Etats-Unis, très religieux, affiche ses croyances évangéliques, faisant fréquemment référence à sa « nouvelle naissance » et utilisant à profusion une rhétorique évangélique dans ses allocutions. Il nomme également des Protestants évangéliques fervents à de très hauts postes, comme le ministre de la Justice, John Ashcroft, de confession pentecôtiste. Il s’entoure de conseillers néoconservateurs (Paul Wolfowitz, Stephen Hadley, Elliot Abrams, Douglas Feith) qui obtiennent toute son attention après le traumatisme du 11 septembre. C’est donc dans ce contexte de cohabitation avec le néoconservatisme et le nationalisme classique[62] que le mouvement évangélique s’épanouit véritablement.

L’Administration de G. W. Bush est probablement la Maison Blanche la plus réceptive à laquelle les Protestants évangéliques ont eu à faire face, même s’il serait erroné de considérer qu’elle est absolument à la botte de leurs intérêts. Richard Land décrit ainsi les relations de la communauté évangélique avec les différentes administrations : « Pendant l’Administration Reagan, ils donnaient assez souvent suite à nos appels téléphoniques […] Pendant l’Administration Clinton, ils ont arrêté d’accepter nos appels téléphoniques au bout d’un moment. Dans cette Administration [Bush fils], ce sont eux qui nous appellent et nous demandent : ‘Que pensez-vous de cela ?’ […] »[63]. Ce changement d’attitude est non seulement le fait d’une proximité de valeurs entre le Président et la communauté évangélique mais aussi du pouvoir politique qu’a acquis la communauté au cours du demi-siècle passé. Représentant presque 40% de l’électorat de George W. Bush en 2004[64], les Protestants évangéliques sont incontestablement puissants électoralement. Mais ils possèdent également trois autres éléments de force à leur avantage. L’acceptation de l’autorité des Ecritures offre aux Protestants évangéliques une référence sociale, politique mais aussi un « guide diplomatique »[65] leur permet de définir des positions très solides. De plus, à la différence des groupes de pression ethniques ou étrangers, souvent moins assimilés à la culture américaine, les Protestants évangéliques sont extrêmement familiers des structures politiques, et certains de leurs représentants les plus éminents siègent au Congrès (comme les Sénateurs Tom DeLay, Bill Frist, Rick Santorum, James Inhofe) ou travaillent dans l’Administration (Michael Gerson, John Ashcroft, Kay Coles James). Enfin, l’assiduité religieuse des Protestants évangéliques, qui se regroupent pour la messe, les groupes de prière, et toute autre activité sociale, caritative et éducative, leur donne une incroyable capacité de mobilisation. Ainsi, sensibles à ces éléments visibles de force, les Républicains leur prêtent une oreille attentive.

Et l’impression de pouvoir est en fait presque aussi importante que le pouvoir réel. « Ce qui confère du pouvoir aux évangéliques aujourd’hui, c’est que les Républicains croient qu’une victoire sans eux est impossible »[66]. Les efforts de l’Administration comme du Congrès en faveur de la liberté religieuse et de la démocratie, leurs positions très discrètes sur Israël et la promotion d’un agenda « pro-vie » à l’international sont autant d’efforts pour satisfaire ou au minimum à ne pas s'aliéner la communauté évangélique.

Les victoires de la communauté évangélique

D’un point de vue méthodologique, la mesure de l’influence d’un groupe religieux ou idéologique est toujours un exercice délicat. Cependant, un certain nombre de « victoires » politiques ont été attribuées à la communauté chrétienne évangélique et donne une idée assez pertinente de son influence.

Une de ses grandes victoires en matière de politique étrangère a été le passage au Congrès en 1998 du International Religious Freedom Act (IRFA) visant à promouvoir la liberté religieuse en tant qu’objectif de politique étrangère américaine et à combattre la persécution religieuse dans les pays étrangers, « résultat d’un lobbying de la part de groupes religieux [évangéliques et catholiques] ayant des appuis politiques ».[67] Cette loi a mené à la création d’un Office of International Religious Freedomau Département d’Etat ainsi qu’uneCommission on International Religious Freedomqui ont pour rôle de  produire chaque année un rapport sur la liberté religieuse et les persécutions religieuses dans le monde. Sur cette base, le Département d’Etat désigne des « pays particulièrement préoccupants » (Countries of Particular Concern, ou CPC) pour leurs violations « en cours, systématiques, et flagrantes » de la liberté religieuse, et le gouvernement américain se voit proposer des mesures actives, économiques ou diplomatiques pour prévenir ces violations. En 2005, le Département d’Etat a pointé du doigt la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, l’Erythrée, l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Soudan, et le Vietnam.Jusqu’en 1998, la liberté religieuse était défendue par la diplomatie américaine de manière irrégulière. Mais l’IRFA a « radicalement changé » la situation en faisantde la défense de la liberté religieuse une exigence « officielle »[68] et non plus un simple devoir moral.Les déclarations du Président Bush en Chine en novembre 2005 montrent que l’importance politique et diplomatique de la question de la liberté religieuse a encore augmenté, en grande partie sous influence évangélique. D’autres évolutions récentes sont à mettre au compte de la Droite chrétienne. En 1999, la communauté evangélique a poussé le Président Clinton à « [subordonner] le paiement de l’intégralité des quelques 926 millions de dollars d’arriérés américains [auprès des Nations Unies] à la suspension des aides accordées par l’ONU aux associations engagées dans la mise en place de programmes de planning familial dans les pays du Sud »[69], en partenariat avec les groupes catholiques conservateurs, très engagés également dans la lutte contre l’avortement. De même, la création par le Président Bush de l’Office of Faith-Based and Community Initiatives répondait à une demande évangélique et catholique pour une augmentation des moyens à disposition des organismes de charité chrétienne. Enfin, en 2003, le Président Bush demandaitau Congrès l’octroi de 15 milliards de dollars par an à la lutte contre le SIDA dans les pays en développement, dont 1 milliard destiné à la prévention HIV par la promotion de l’abstinence avant le mariage. Beaucoup de ses « victoires » politiques n’ont été possibles que grâce à un partenariat très étroit avec les branches conservatrices de deux autres religions aux Etats-Unis, les Juifs orthodoxes et les Catholiques pratiquants. Aujourd’hui, les divisions idéologiques se dessinent moins entre les religions qu’entre les différents degrés de religiosité. Un Protestant évangélique traditionaliste se trouvera plus proche politiquement d’un Catholique traditionaliste que d’un Protestant peu pratiquant.[70]

Par ailleurs, l’idée d’un soutien à l’expansion de la démocratie dans le monde a fait son chemin dans l’Administration Bush, en partie grâce au soutien des Protestants évangéliques. Les difficultés en Iraq ont peut-être signé la fin de la doctrine d’attaque préemptive anti-prolifération, mais n’ont pas affaibli la volonté américaine de faire de la « promotion de la démocratie », par des stimulants ou par des moyens coercitifs, la pierre angulaire de la politique étrangère américaine. L’Advance Democratic Values, Address Nondemocratic Countries, and Enhance Democracy Act ou ADVANCE Democracy Act  en discussion au Sénat et à la Chambre des Représentants en 2005 montre que certaines idées néoconservatrices et évangéliques font aujourd’hui partie intégrante de la pensée politique américaine.

De son côté, l’Administration Bush, encore plus que les précédentes, a habilement su manier, quand elle en avait besoin, les ressorts de la communauté évangélique, pour soutenir ses choix politiques, comme l’épisode de la guerre en Iraq l’a montré. L’influence mutuelle de l’Administration et de la communauté évangélique ne fait que confirmer le constat de Daniel Yankelovich : « plus un Américain assiste à des offices religieux, plus il est susceptible d’être satisfait de la politique étrangère américaine actuelle ». [71]

À la fois nationalistes et interventionnistes, sceptiques quant aux organisations internationales, favorables à l’utilisation de la force et à la projection de la puissance américaine dans le monde au nom de la promotion de la liberté et de la démocratie, préoccupés par la défense de la liberté religieuse, les causes humanitaires et l’avenir d’Israël, la communauté évangélique américaine a une vision singulière du monde qui l’entoure. Sa plus grande réussite est sans doute d’être aujourd’hui en mesure de transformer une partie de cette vision du monde en actes politiques concrets. Les efforts des Protestants évangéliques pour investir l’espace politique américain, en se « réengageant » culturellement et politiquement, en organisant leurs troupes efficacement, en recherchant des soutiens, néoconservateurs ou trans-religieux, et en devenant une force majeure du parti républicain ont porté leurs fruits. Cela s’est traduit par une forme de « moralisation » de la politique étrangère américaine, c'est-à-dire par un recours plus fréquents à des arguments moraux ou religieux pour motiver et justifier des choix politiques, qu’il s’agisse de la promotion de la démocratie, des interventions humanitaires ou de la guerre en Iraq. Ainsi, malgré le caractère parfois obscur des motivations et objectifs « théopolitiques »[72] des Protestants évangéliques américains, ils s’imposent en tant qu’acteurs incontournables de la politique étrangère américaine et de la scène internationale. Pour les Européens, apprendre à les connaître et à évaluer leur influence sur les enjeux internationaux contemporains est une des clés de compréhension de l’Amérique d’aujourd’hui.



[1] KHAN, J., SANGER, D. E., « Bush, in Beijing, Faces a Partner Now on the Rise », New York Times, 20 novembre 2005.

[2] MEAD, Walter Russell, Sous le signe de la Providence. Comment la diplomatie américaine a changé le monde, A Century Foundation Book, Odile Jacob, 2003, p. 102.

[4] L’auteur de cet article a choisi la version de la Bible traduite par le théologien suisse Louis Segond. Publiée en 1910, cette version est une référence pour les Protestants français, comparable à la King James pour les anglophones.

[5] Les Grands Réveils (Great Awakening) sont les essors religieux (revival) qui animèrent la communauté protestante anglo-américaine (1730-1740, 1820-1830, 1880-1900). Certains considèrent qu’un quatrième Grand Réveil a eu lieu en 1960-1970 avec la montée en puissance des églises charismatiques et pentecôtistes.

[6] McGRATH, A., Evangelicalism and the Future of Christianity, IVP, 1995, pp. 55-56.

[7] Evangéliser signifie prêcher l’Evangile, mais aussi convertir à la foi chrétienne.

[8] D’après Carl F. H. H., « the Uneasy Conscience of Modern Fundamentalism », cité dans LAND, R., conférence « Evangelicals and the Middle East », Council on Foreign Relations, Washington DC, 22 septembre 2005, [Raw transcript; Federal News Service, Inc.].

[9] FATH, S., Militants de la bible aux Etats-Unis, Evangéliques et fondamentalistes du Sud, Ed. Autrement, 2004, p.151. Sébastien Fath voit trois différences fondamentales entre les fondamentalistes et les autres chrétiens: l’eschatologie prémillénariste, la croyance dans l’inerrance de la Bible, et l’idéologie séparatiste.

[10] RIVET (de), S., « Fondamentalisme, christianisme, Amérique », Outre-Terre, n°5, 2003, pp.83-93.

[11] « Study on Religion and Politics Finds Widespread Interest in Progressive Issues: Survey Suggests Political Potential of Mainline Protestants », Princeton University, 3 mai 2000, http://www.princeton.edu/ (consulté le 18/11/2005)

[12]  « The American Religious Landscape and the 2004 Presidential Vote: Increased Polarization », op.cit., 2005.

[13] « U.S. Evangelicals: How Many Walk the Walk? » Gallup Poll, 18-21 avril 2005, n =1003, publié le 31 mai 2005, http://poll.gallup.com/ (consulté le 9/11/2005)

[14] La conversion, ou la « nouvelle naissance », est très importante pour les Protestants évangéliques. Il s’agit pour eux de « naître à nouveau en Jésus Christ », conformément aux écrits de Jean 3:1-21, « Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »

[15] Institute for the Study of American Evangelicals, http://www.wheaton.edu/isae/defining_evangelicalism.html (consulté le 22/11/2005)

[16] Walter Rauschenbush, théologien baptiste, le Père du ‘Gospel social’, pensait que les principes chrétiens devaient être traduits par des actions promouvant la compassion, la justice et le changement social. Au lieu de se repentir pour aller au paradis, il préconisait un effort de transformation de la vie sur Terre en harmonie avec le paradis.

[17] BEN BARKA, M., « La droite chrétienne ou l’itinéraire politique des évangéliques américains », in Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°75, juillet-septembre 2004, pp. 57-64.

[18] HREBENAR, R. J., Interest Group Politics in America, 3rd edition, M.E. Shape, Armonk, New York, 1997, p. 38-39.

[19] Toutes les statistiques sur les Protestants évangéliques dans cet article s’appuient sur le critère des instituts de sondage – white Evangelical Protestants – qui excluent les Protestants évangéliques hispaniques et les Protestants évangéliques afro-américains. En effet ces deux derniers groupes ont une foi similaire aux autres Protestants évangéliques mais un comportement politique différent.   « The American Religious Landscape and the 2004 Presidential Vote: Increased Polarization », The Pew Forum on Religion & Religion and Public Life, publié le 3 février 2005, basé sur le sondage  de l ’Université d’Akron, « Fourth National Survey of Religion and Politics », n =2730, November-December 2004,   http://pewforum.org/   (consulté le 4/11/2005)

[20] A titre de comparaison, il est intéressant de remarquer que les Protestants afro-américains se déclarent à 11% Républicains, 71% démocrates et 18% indépendants et que les Protestants hispaniques se déclarent à 37% Républicains, 43% démocrates et 20% indépendants. « The American Religious Landscape and the 2004 Presidential Vote: Increased Polarization », op.cit., 2005.

[21] « Abortion and Rights of Terror Suspects Top Court Issues », 13-17 juillet 2005, n = 1502, Pew Forum on Religion and Public Life et Center for the People and the Press, publié le 3 août 2005,  http://pewforum.org/  (consulté le 10/11/2005)

[22]  A titre de comparaison, 35% l’ensemble des Américains voient les questions de politique étrangère comme les plus importantes, 33% les questions économiques et 24% les questions de société. « The American Religious Landscape and the 2004 Presidential Vote: Increased Polarization », op.cit., 2005.

[23] Les parents de Terri Schiavo, une femme de 41 ans dans un état végétatif depuis 15 ans suite à un arrêt cardiaque, se sont battus, pendant des années, contre son mari pour l’empêcher de « débrancher » les appareils qui la maintenaient en vie artificiellement. Ils ont été vigoureusement soutenus par les mouvements chrétiens conservateurs transformant la dispute en combat politique et judiciaire, avec intervention de Jeb et George W. Bush, ainsi que de la Cour Suprême. Terri Schiavo a finalement été « débranchée » en mars 2005 et est morte deux semaines après.

[24] MARQUEZ, H., « President Chavez claims US evangelicals gather sensitive and strategic information », 13 octobre 2005, http://www.vheadline.com/   (consulté le 13/10/2005).

[25] SELLERS, J. M., « Sub-Saharan Powder Keg », Christianity Today, February 2003, vol. 47, n°2, p.82.

[26] Interview de l’auteur avec Richard Land, 2005.

[27] LAND, R., conférence: « Evangelicals and the Middle East »,  op. cit., 2005.

[28] OLDFIELD, D., «The Evangelical Roots of American Unilateralism: the Christian’s Right Influence and How to counter It », Foreign policy in Focus Special Report, mars 2004, http://www.fpif.org/ (consulté le 10/11/2005)

[29] Sur ce point voir les ouvrages de FATH, S., Militants de la bible aux Etats-Unis, Evangéliques et fondamentalistes du Sud, Ed. Autrement, 2004 ; LIND, M., Made in Texas, George W. Bush and the Southern Takeover of American Politics, New America Book/Basic Books, New York, 2003.

[30]  « American Hearing About Iraq From the Pulpit, But Religious Faith Not Defining Opinions », Pew Research Center for The People & The Press, Pew Forum on Religion and Public Life, réalisé le 13-16 mars 2003, n=1032, publié le 19 mars 2003, 15p., http://pewforum.org/   (consulté le 10/11/2005)

[31] Just War Principles, http://www.baptistpress.org/pdf/justwarprinciples.pdf (consulté le 11/11/2005)

[32] WALLIS, J., God’s Politics, Why the Right Gets It Wrong and the Left Doesn’t Get It, HarperSanFrancisco, HarperCollins, New York, 2005, p. 115-116.

[33] A la tête d’une des plus grosses congrégations des Etats-Unis avec plus de 20000 fidèles, le pasteur Rick Warren, proche de Billy Graham, est un bon exemple de l’engouement récent des Protestants évangéliques pour l’action humanitaire internationale. Pendant 25 ans, le pasteur, dont les ouvrages, The Purpose-Driven Church et The Purpose-Driven Life, se sont vendus à plus de 23 millions d’exemplaires dans le monde entier, s’était consacré à bâtir sa mega-église (megachurch) de Saddleback à Lake Forest, en Californie. Mais depuis quelques années, Rick Warren a décidé de s’attaquer à cinq « problèmes géants »: la pauvreté (Poverty), la maladie (Sickness), l’analphabétisme (Illiteracy), le perte de spiritualité (Spiritual lostness) et la gouvernance égoïste (Ego-Centric leadership). Selon son analyse, ni l’Etat et ni le secteur privé ne sont en mesure de surmonter ces problèmes fondamentaux, par manque de foi. Le pasteur californien a donc mis en place un programme, le P.E.A.C.E. plan, (Plant churches, Equip servant leaders, Assist the poor, Care for the sick  et Educate the next generation) pour palier à ces cinq plaies mondiales, dans lequel il propose en pratique la mobilisation grâce à Internet de millions d’églises à travers le monde. Chacune de ses églises « adopte » un village dans le besoin et lui fournit le « nécessaire » pour pallier à ses problèmes : des boîtes de médicaments, de livres d’école, de Bibles (clinic-in-a-box, school-in-a-box, business-in-a-box, church-in-a-box). Dans une approche volontariste et idéaliste de l’action humanitaire, Rick Warren parle d’une « révolution » pour la chrétienté internationale et ne doute pas de la possibilité de réaliser ses objectifs. La mobilisation a été rapide. Après 18 mois d’existence, le programme avait déjà envoyé 4500 membres de son église dans 47 pays. Aujourd’hui, le programme se concentre sur 3 régions du monde : la Chine, l’Algérie, et le Rwanda. Ce dernier est devenu, à l’initiative de son président chrétien Paul Kagame, ayant lu l’ouvrage de Rick Warren, le « premier modèle de coopération nationale », pour  une période de cinq à sept ans. KELLY, Mark, « P.E.A.C.E Plan: A Worldwide Revolution, Warren Tells Angel Stadium Crowd »,   20 avril 2005,  http://www.purposedrivenlife.com/  (consulté le 15/09/2005);VAN BIEMA, David, Warren of Rwanda, Time magazine, 22 août 2005,  (consulté le 18/11/2005)

[34]  « Evangelical Leaders Declare ‘New War Against Global Hunger’ », 15 septembre 2005, The Christian Post, http://www.christianpost.com/ (consulté le 11/10/2005)

[35] BICK, Etta, « Transnational Actors in a Time Crisis: The Involvement of American Jews in Israel-United States Relations, 1956-1957 », Middle Eastern Studies, vol. 39, n° 3, pp. 144-168.

[36] « Religion a Strength and Weakness for Both Parties », 7-17 juillet 2005, n = 2000, Pew Forum on Religion and Public Life et Center for the People and the Press, publié le 30 août 2005, 46p., http://pewforum.org/ (consulté le 10/11/2005)

[37] « American Evangelicals and Israel », Pew Forum on Religion and Public Life, 15 avril 2005,   http://pewforum.org/   (consulté le 10/11/2005)

[38] Interview de l’auteur avec Richard Land, 2005.

[39] Pour une étude plus approfondie, voir: WEBER, T. P., On the Road to Armageddon, How Evangelicals Became Israel’s Best Friend, Baker Academic, Grand Rapids, 2004 ; BOYER, P., When Time Shall Be No More: Prophecy Belief in modern American Culture, Harvard University Press, Cambridge, 1992.

[40] La série américaine satirique de dessins animés, Les Simpsons, a consacré l’épisode 19 de la saison 16, intitulé « Thank God, it’s Doomsday » (« Dieu merci, c’est l’Apocalypse »), aux aventures de Homer Simpson calculant la date de la Rapture.

[41] « American Evangelicals and Israel », op. cit., 2005.

[42] « Religion a Strength and Weakness for Both Parties », op. cit., 2005.

[43] « American Evangelicals and Israel », op.cit., 2005.

[44] « On Praying for Peace In the Middle East », Southern Baptist Convention, St. Louis, Missouri, June 2002,   http://www.sbc.net/resolutions/   (consulté le 17/10/2005).

[45] LAND, R., conférence: « Evangelicals and the Middle East », op. cit., 2005.

[46] MOUTET, A.-E., « Les défenseurs de George W. Bush et d’Israël. Les chrétiens évangéliques américains. », Les Cahiers de l’Orient, n°73, premier trimestre 2004, p.41-49

[47] LEFKOVITS, E., « Netanyahu: Evangelicals ‘Our Greatest Non-Jewish Supporters », The Jewish Press, 11 septembre 2005, http://www.thejewishpress.com/   (consulté le 19/11/2005)

[48] EPSTEIN, H., « God and the Fight Against AIDS », The New York Review of Books, Vol. 52, n° 7, 28 avril 2005.

[49] « Robertson called for the assassination of Venezuela's president », Media Matters for America, 22 août 2005, http://mediamatters.org/ (consulté le 19/11/2005)

[50] « Graham Regrets Jewish Slur », BBC News, 2 mars 2002, http://news.bbc.co.uk/ (consulté le 19/11/2005)

[51] « nous dirigeons notre énergie et nos ressources à la proclamation de la bonne nouvelle auprès du peuple juif », extrait de « Resolution on Jewish Evangelism », Southern Baptist Convention, New Orleans, Louisiana, June 1996, http://www.sbc.net/resolutions/  (consulté le 17/10/2005).

[52] FRACHON, Alain, VERNET, Daniel, L’Amérique messianique : les guerres des néoconservateurs, Paris, Seuil, 2004, p.96.

[53] « Views of Muslim-Americans Holds Steady after London Bombings », 7-17 juillet 2005, n = 2000, Pew Forum on Religion and Public Life et Center for the People and the Press, publié le 26 juillet 2005, 19p.,   http://pewforum.org/ (consulté le 10/11/2005)

[54]« [Dieu] nous ordonne d’aller partager la Bonne nouvelle avec toutes les nations (Matthieu 28:19-20). En tant que Chrétien, je dirais à la communauté juive, nous vous aimons, nous vous respectons et nous nous opposerons à ceux qui ne le font pas. Mais nous vous demandons en échange de respecter notre foi, et notre foi nous ordonne d’aller partager la Bonne nouvelle du Christ avec vous comme avec tous les autres » Land, Richard, « Confronting Graham’s Demons »,   http://www.beliefnet.com/ (consulté le 16/09/2005).

[55] «  Religion and the Environment : Public Opinion on Religion and Environmental Protection », Pew Forum on Religion & Public Life, octobre 2004, basé sur le sondage  de l ’Université d’Akron, « Fourth National Survey of Religion and Politics », mars-mai 2004, http://pewforum.org/ (consulté le 12 novembre 2005)

[56] « The Lord God took the man and put him in the Garden of Eden to work it and take care of it » (Genèse 2:15)

[57] JANOFSKY, M., « When Cleaner Air Is a Biblical Obligation », New York Times, 7 novembre 2005.

[58] Michael Lind ne fait pas de distinction dans son ouvrage entre fondamentalisme et mouvement évangélique. LIND, M., Made in Texas, George W. Bush and the Southern Takeover of American Politics, New America Book/Basic Books, New York, 2003, p.115.

[59] TERTRAIS, B., op.cit, 2005, p.34-35.

[60] LAND, R., conférence: « Evangelicals and the Middle East », op. cit., 2005

[61] « Religion a Strength and Weakness for Both Parties », op. cit., 2005.

[62] TERTRAIS, B., op.cit., 2005, p.34.

[63] Interview Richard Land, Frontline: the Jesus factor, 29 avril 2004, http://www.pbs.org  (consulté le 09/09/2005)

[64] « The American Religious Landscape and the 2004 Presidential Vote: Increased Polarization », op.cit., 2005.

[65] MORRISON, J., « Embassy Row : the Bible diplomacy », The Washington Times, 12 octobre 2005

[66] PERANI, P., « Les Chrétiens sionistes aux Etats-Unis », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n°75, juillet – septembre 2004, pp.76-85

[67] MAYER, J.F., « Facteurs religieux et relations internationales : une approche théopolitique », Etudes et analyse,  n° 8, Religioscope, août 2005, http://religion.info(consulté le 20/11/2005)

[69] SABBAGH, Daniel, « Les déterminants internes de la politique étrangère des Etats-Unis : une perspective diachronique », Revue internationale de politique comparée, 8 (1), 2001, pp. 135-161.

[70] Sur ce point, voir WOLFE, Alan, One Nation, After All : What Americans Really Think About God, Country, Family, Racism, Welfare, Immigration, Homosexuality, Work, The Right, The Left and Each Other , NY, Penguin Books, 1999; WOLFE, Alan, The Transformation of American Religion, How We Actually Live Our Faith, NY Free Press, 2003

[71] YANKELOVICH, D., « What Americans Really Think About U.S. Foreign Policy », Foreign Affairs, September/October 2005, vol. 84, n°5, pp. 2-16.

[72] Le terme « théopolitique » (signifiant « interaction entre religion et politique » ou encore « politique d’inspiration divine ») est décrit dans MAYER, J.F., « Facteurs religieux et relations internationales : une approche théopolitique », Etudes et analyse,  n°8, Religioscope, août 2005, http://religion.info (consulté le 20/11/2005)

This article appears in full on CFR.org by permission of its original publisher. It was originally available here.

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